PARTEZ A LA RENCONTRE DE YANNICK DE PALMAS

LES HAUTS
  • Carnet d'Inspiration Culinaire

Dans les hauts de Sainte-Marie, Yannick de Palmas élève près de 400 cerfs en plein air sur des prairies vallonnées face à l’océan Indien. Une exploitation familiale unique à La Réunion, portée par une vision respectueuse du vivant.

Il suffit de grimper de quelques kilomètres au-dessus de l’aéroport Roland Garros pour que le décor bascule. En bas, les voitures, la ville, les pistes d’atterrissage, le va-et-vient du nord de l’île. Puis la route s’élève vers les Hauts de Sainte-Marie. Le relief se creuse, l’air se rafraîchit, et les odeurs changent.

À l’arrivée, il y a ce parfum saisissant d’eucalyptus citronnelle, mêlé aux notes plus sèches du camphrier, et de baies roses.

Puis les prairies apparaissent. Immenses, vallonnées, parfois noyées dans la brume. Et quand le ciel se dégage, l’océan Indien surgit en contrebas.

On ne s’attend pas à trouver un tel paysage ici. Encore moins à y découvrir un élevage de cerfs.

« Revenir à Moka, ça coulait de source »

Au milieu de ces grands espaces, il y a Yannick de Palmas.

Grand sourire, silhouette toujours en mouvement, souvent au volant de son buggy avec ses trois montagnes des Pyrénées à l’arrière, et le regard toujours accroché au troupeau. Il parle peu pour en rajouter. Mais quand il évoque ses animaux ou les terres de Moka, on sent immédiatement le lien profond qui l’attache au lieu.

Il a grandi ici, dehors. À la maison, pas de télévision. Ses journées se passaient à suivre son père sur l’exploitation, réparer des clôtures, observer les animaux ou simplement regarder les nuages glisser sur les pentes.

La vie agricole, chez lui, ne s’est jamais apprise dans les livres. Elle s’est transmise par présence. Par habitude. Par le regard.

Après des études de comptabilité et de gestion en métropole, Yannick revient avec une évidence en tête : comprendre une entreprise, oui. Vivre enfermé dans un bureau, non.

« Revenir à Moka, ça coulait de source. »

Des cerfs en liberté dans les Hauts de l’île

Des cerfs, à La Réunion. L’idée surprend toujours.

Et pourtant, dans les hauteurs de Sainte-Marie, près de 400 cerfs vivent en plein air sur une centaine d’hectares. Ils traversent les ravines, disparaissent dans les sous-bois, s’abritent sous les arbres, gardent leurs distances.

Le cerf reste un animal sauvage. Et c’est précisément ce que Yannick cherche à préserver.

Il en parle avec beaucoup de respect. Leur puissance. Leur vigilance en troupeau. Leur sensibilité aussi.

Ici, on ne cherche pas à domestiquer à tout prix. On cherche plutôt à maintenir un équilibre.

« Il ne nous a pas demandé d’être là. C’est à nous de nous occuper de lui. »

Depuis la relance de l’élevage de cerfs à La Réunion en 1987, Moka de Palmas suit cette même ligne : respecter le rythme des animaux et travailler avec le vivant, pas contre lui.

Pas d’antibiotiques. Pas d’intensif. Pas de logique de rendement à tout prix.

Une autre idée de l’élevage

À Moka, les cerfs sont nourris exclusivement à l’herbe. Le terrain leur laisse de l’espace : des reliefs, des ravines, des zones d’ombre où se réfugier.

Et partout autour de Yannick, ses grands chiens blancs veillent silencieusement sur les troupeaux.

On comprend vite que, chez lui, l’élevage dépasse largement la simple production. C’est un quotidien construit autour de la présence animale, de l’observation et du temps long.

Au fil des années, l’exploitation a aussi développé une vente directe de viande de cerf, ponctuelle, selon les disponibilités. Et une gamme de charcuteries sans nitrite ni conservateur, se retrouve chez quelques partenaires, épiceries fines et caves à vin.

Avec une envie simple : montrer qu’à La Réunion, le cerf peut se déguster autrement qu’en civet traditionnel ou lors des repas de fête.

Aujourd’hui, certains chefs réunionnais le travaillent en tartare, en carpaccio, en tataki ou en « tigre qui pleure ». Une viande fine, tendre, souvent loin de l’image du gibier fort que beaucoup imaginent encore.

« La qualité avant le volume »

À l’heure où La Réunion importe une grande partie de ce qu’elle consomme, Yannick voit dans son métier une responsabilité simple : apporter sa pierre à l’édifice. En produisant localement, même modestement, mais bien.

Faire exister une viande réunionnaise de qualité. Mais sans jamais forcer le vivant.

« C’est la qualité avant le volume. »

Si la viande manque, elle manque. On ne pousse pas les animaux. On ne force ni les prairies, ni les saisons, ni le climat.

On travaille avec ce que le territoire permet.

À Moka de Palmas, il y a les cerfs, bien sûr. Mais il y a surtout cette conviction discrète : certaines choses méritent qu’on leur laisse du temps.

Le temps d’élever.

Le temps d’observer.

Le temps de transmettre.

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