PARTEZ A LA RENCONTRE DE MARGOT VALATCHY

LE SUD
  • Carnet d'Inspiration Culinaire

Dans les hauteurs de Saint-Pierre, à Mont-Vert-les-Bas, Margot a installé son salon de thé péi au cœur du verger familial. Entre recettes lontan, fruits du jardin et souvenirs d’enfance, Bonbon Bonèr célèbre une gourmandise simple, solaire, profondément réunionnaise.

Un verger suspendu au-dessus de Saint-Pierre

La commune de Saint-Pierre, nichée sur la côte Sud bat au rythme de l’océan. Son marché forain du samedi matin, son front de mer animé, sa plage ensoleillée, ses terrasses pleines de lumière. Une ville vivante, presque électrique.

Mais il suffit de prendre un peu de hauteur pour changer d’air. À une quinzaine de minutes du centre, la route serpente entre les jardins, l’air se fait plus frais, la végétation reprend sa place.

À Mont-Vert-les-Bas, un portail s’ouvre sur un autre monde : manguiers immenses, papayers, bananiers, letchis… Ici, le temps semble ralentir. Les oiseaux couvrent le bruit de la route, l’ombre des arbres enveloppe la varangue, et l’agitation de la ville paraît soudain très loin.

C’est dans ce décor que Margot a créé Bonbon Bonèr, un salon de thé péi niché au cœur du verger familial.

Le tablier vert noué à la taille, les lunettes légèrement glissées sur le nez, elle passe de la cuisine à la terrasse avec une aisance naturelle. On la voit dresser une assiette, rire avec sa mère, servir des nectars maison, discuter avec les clients comme si elle les recevait chez elle.

Et quelque part, c’est exactement ce qu’elle fait.

« Ce verger, c’est les goûts de mon enfance, c’est les souvenirs d’enfance, c’est tout ce qu’il y a de plus doux et de plus cher. »

Là où toutes ses racines sont plantées

Margot a sept ans lorsque ses parents, Bernadette et Antoine, s’installent ici à la fin des années 90. Ils reprennent ce verger déjà âgé de plusieurs décennies et y développent leur projet d’agrotourisme : chambres d’hôtes, table d’hôtes, cuisine familiale, verger créole : “La cour Mont Vert”.

Pour une enfant, c’est un terrain d’aventure, mais surtout de liberté. Grimper dans les arbres, explorer les sous-bois, rentrer les jambes égratignées… et apprendre à regarder la nature autrement.

« On voit la fleur, puis le fruit qui se forme… et seulement après on le goûte. On donne du sens à ce qu’on mange. »

Ce rapport au vivant, aux saisons, au temps long, s’ancre naturellement chez Margot. Il façonne son regard.

La graine est plantée.

À la maison, l’hospitalité fait déjà partie du quotidien. Les voyageurs passent à table, les discussions s’éternisent sous la varangue, les recettes circulent entre les générations. Sans vraiment le savoir, Margot grandit déjà dans le futur Bonbon Bonèr.

Partir pour mieux revenir

Puis vient le départ. Comme beaucoup de Réunionnais, Margot ressent l’envie de partir “de lot koté la mer”. Lille, pour ses études de sociologie. Puis Toronto. Là-bas, elle travaille dans une chocolaterie et découvre un autre rapport à la gourmandise.

Quelque chose se réveille.

« Ça a fait renaître l’enfant intérieur. »

À son retour sur l’île, elle souhaite créer un salon de thé. Elle l’image dans un premier temps en ville. Et puis la vie réserve parfois de jolies coïncidences. Après vingt-cinq ans d’activité, ses parents commencent à lever le pied et à arrêter la table d’hôtes.

Le lieu se libère. L’évidence apparaît.

« Bonbon Bonèr est devenu Bonbon Bonèr ici. »

Réinventer les douceurs créoles

Le projet change alors de dimension. Ce ne sera pas simplement un salon de thé, mais un salon de thé péi, profondément ancré dans la mémoire culinaire créole, et dans l’histoire familiale de Margot.

À la carte, les recettes lontan côtoient les produits d’ici, choisis avec soin. La vanille du gâteau patate vient de Saint-Philippe. Les nectars maison s’inspirent de ceux que préparait son père. Et le sorbet la cok, cette glace trempée dans le chocolat qui rappelle les goûters d’école, renaît en version artisanale, malicieuse et tendre.

Margot a cette envie de remettre à leur juste place des recettes parfois oubliées, parfois dévalorisées, alors qu’elles sont des piliers intimes de la culture culinaire réunionnaise. Le gâteau patate en est le symbole.

« Le gâteau patate fait vraiment figure de madeleine de Proust dans la famille. »

Une recette simple en apparence : patate douce, vanille, sucre… mais un dessert chargé de souvenirs. Longtemps, Margot et Bernadette hésitent à le proposer. À La Réunion, chacun a sa recette, son goût précis en tête. C’est un dessert intime. Presque sacré.

Et pourtant, il devient vite le cœur de Bonbon Bonèr. Parce qu’il raconte tout : la patate douce, la vanille, le goûter, la transmission, la main de la mère qui apprend le geste à sa fille. Aujourd’hui, c’est l’une des signatures du lieu, avec cette touche gourmande de Margot qui fait la différence : le caramel au beurre salé.

Des visiteurs goûtent une part, puis s’arrêtent un instant. Certains retrouvent un goût qu’ils n’avaient plus senti depuis des années. Parfois depuis l’époque où leur mère ou leur grand-mère le préparait. Dans ces moments-là, le salon de thé devient un peu plus qu’un lieu gourmand : il devient un lieu de souvenirs.

Un moment hors du temps

La carte se décline autour de cette même idée : des recettes simples, sincères, souvent revisitées avec délicatesse. Boissons maison, nectars du verger, gâteaux réconfortants, glaces artisanales, brunch péi du dimanche… Tout est pensé pour prolonger cette sensation de douceur.

« J’ai envie d’offrir un moment hors du temps. »

Et c’est exactement ce qui se produit quand on pousse le portail. On quitte la ville, on s’installe sur la varangue ombragée, on écoute le vent dans les manguiers, on plonge son regard dans le bleu de l’océan Indien. Puis viennent les assiettes, les verres, et les discussions qui s’engagent naturellement.

Car ici, on n’est pas seulement client. On est reçu. La convivialité fait partie intégrante de l’expérience, dans cette tradition créole où l’on s’assoit, on partage, on prend le temps.

Pour les Réunionnais, quelque chose revient. Pour les voyageurs, quelque chose se découvre.

Pour Margot, tout cela tient en quelques mots :

« Bonbon Bonèr, c’est le goût de l’enfance créole. »

Et dans ce verger de Mont-Vert, ce goût-là semble n’avoir jamais disparu.

PORTRAIT GOURMAND

Si j’étais…

Un plat réunionnais

un massalé cabris (dann fey banane!)

Un produit du terroir

Une mangue Josée

Un spot pour se régaler

En haut du piton Grande Anse !

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