L’incroyable histoire du café Bourbon pointu de La Réunion

L'auteur Ansbert Alexandre Dijoux dans son champ de café

Publié le 26 avril 2018

Adjoint de direction à l'office de tourisme de l'Entre-Deux, Ansbert Alexandre Dijoux est un passionné de café et notamment de Bourbon pointu, café sauvage de La Réunion devenu un grand cru mondial. Il est l'auteur de l'ouvrage "L'incroyable histoire du café Bourbon pointu de La Réunion" qui retrace les origines et les nombreux rebondissements apparus de sa découverte à sa culture. Découvrez son interview.


1.    Comment vous est venue cette passion pour le café Bourbon pointu ?


Ma passion s’étend au café en général et pas seulement au Bourbon pointu. C’est en revenant du service militaire, service effectué en Dordogne, que je me suis intéressé au patrimoine local. Mon intégration à l’office de tourisme de l’Entre-Deux et la réputation du café de l’Entre-Deux, dont la culture a été abandonnée par une productrice quelques années avant 2000, m’ont donné envie de poursuivre cette valorisation. Je peux dire que cette passion, je la tiens de mon arrière-grand-mère.
 

2.    Pouvez-vous nous raconter brièvement comment la culture du Bourbon pointu est arrivée à l’île de La Réunion ?


Le café pointu ou pointu de Bourbon est un café indigène découvert dans l’île aux premières heures de l’occupation définitive. Au moment même où le café d’Arabie est introduit en tant que culture de spéculation pour enrichir les caisses de la colonie, le café pointu est découvert, mis en valeur, puis abandonné au profit du café importé en 1715.
 

3.    Longtemps confondu avec le café marron, comment expliquer la renommée mondiale actuelle du café Bourbon pointu ?  


Mon livre (NDLR : L’incroyable histoire du café Bourbon pointu de La Réunion) permet d’expliquer justement comment le café pointu a été confondu avec le café marron depuis le début du XVIIIe siècle. Cette confusion explique, selon moi, toutes les affabulations qui ont été émises sur l’origine de ce café. Il est bel et bien  reconnu comme étant indigène des forêts de La Réunion au début du XVIIIe siècle et pourtant, à la fin de ce même siècle, on pense qu’il a été introduit dans l’île. Au début du XIXe siècle, on parle d’une apparition dans un semis et au milieu du XIXe, le café pointu serait issu d’un croisement entre le café d’Arabie, le Bourbon et le café marron - café endémique de La Réunion et de Maurice aux saveurs vireuses. Au XXe siècle, on parle alors d’une mutation spontanée à partir de son parent le plus proche le café d’Arabie, appelé localement le Bourbon. Le café pointu, dont le nom scientifique est le Laurina, et le Bourbon sont issus du moka originel provenant d’Arabie dont les souches viennent d’Ethiopie.

Le café pointu n’a pas toujours été le meilleur café produit dans notre île : on lui reprochait son manque de force et d’arôme. Le Bourbon, largement supérieur, a d’ailleurs été le deuxième meilleur café de tous les temps !

Vers la fin du XIXe siècle au début du XXe siècle, l’amélioration de ce café et sa propagation dans d’autres colonies (Indochine, Madagascar et peu avant la Nouvelle Calédonie) aide à faire connaître cette variété typique de La Réunion. Sa rareté et sa réputation, gagnées après une amélioration de sa préparation, mais surtout sa relance depuis 2000, ont permis de le parachuter parmi les grands crus mondiaux en lui donnant une visibilité internationale.

 


4.    Quand la culture du Bourbon pointu a-t-elle repris à La Réunion ?


La première tentative de culture du Bourbon pointu date de 1715. Ce café a été abandonné en 1725, redécouvert vers 1771, puis relancé véritablement à partir de 1817 : les parcelles de café pointu ne rivaliseront jamais avec les superficies de Bourbon dans l’île et ce de tout temps ! Abandonné à partir de la départementalisation, la culture du café pointu est développée par la Région Réunion en charge de l’agriculture en 2000. De nombreux partenaires s’associent à la démarche et avec l’aide de subventions et de l’appui scientifique nécessaire, la filière renaît de ses cendres.
 

5.    Que représente la culture du café pointu à La Réunion en termes de production ?


C’est une production qui reste intime au regard des cafés produits ailleurs, mais la qualité prime sur la quantité. Cela représente environ quatre tonnes. Toutefois, les tonnages varient selon les années. Et c’est sans compter les anciens producteurs qui quittent la filière tandis que d’autres la rejoignent !
 

6.    Qui sont les plus grands consommateurs de Bourbon pointu ?


Les Japonais sont les plus grands consommateurs de café pointu.
 

7.    Quelles sont les qualités gustatives du café Bourbon pointu ?


D’après les analyses sensorielles, le corps de ce café est léger. Il y a une absence d’amertume et les arômes sont délicats avec des notes tantôt de cacao tantôt d’agrumes. C’est un café au goût complexe et son taux de caféine est vraiment faible. Sa longueur en bouche est appréciée des dégustateurs. 
 

8.    Comment déguste-t-on le café Bourbon pointu ?


Ce café léger se boit à n’importe quel moment de la journée. Il faudrait proscrire la cafetière électrique, qui coule trop rapidement le café, et privilégier une percolation lente dans les cafetières filtres de type grègues. Je n’ai pas été charmé par le principe de la cafetière à piston ou french press et reste convaincu qu’un coulage manuel, en prenant soin que la cafetière soit plongée en bain-marie, est le meilleur procédé. Concernant la méthode d’extraction en expresso, cela va dépendre de la machine. C’est évidemment un excellent procédé de préparation d’un café pointu.