La flore de La Réunion, comme celles d'autres îles océaniques intertropicales, résulte d'une immigration, lente et sélective (espèces indigènes*), et de processus de spéciation qui, bien que récents à l'échelle des temps géologiques, sont à l'origine d'un endémisme* important.

 

Faute de moyens propres de locomotion, la dissémination naturelle des végétaux est obligatoirement passive : par les courants marins (voie maritime), les vents et cyclones (voie éolienne), ou encore par les oiseaux (voie animale). Isolée en plein océan Indien, La Réunion est restée une destination difficile à atteindre ! Seules certaines espèces ont pu faire le voyage et s’implanter.  Le peuplement végétal originel s'est appuyé sur les zones continentales les plus proches (près de 70% de la flore provient de Madagascar et de l’Afrique de l'Est).

 

La flore spontanée de La Réunion compte actuellement** 1 730 espèces de plantes vasculaires, dont 1478 Spermatophytes*** (85,4%) et 252 "Ptéridophytes" (14,6 %). Elle se répartit en :

  • 848 espèces indigènes (dont 86 seulement d'indigénat probable) soit environ la moitié (49 %) de la flore spontanée. Parmi ces espèces :
    • 237 (28 %) sont endémiques strictes de La Réunion,
    • 153 (18 %) sont des endémiques régionales, croissant également dans les autres îles des Mascareignes (Maurice et Rodrigues),
    • 458 (54 %) sont simplement des indigènes, que l’on peut retrouver également dans leur pays d’origine,
    • 829 espèces exotiques*, soit approximativement l'autre moitié (48 %),
    • 53 espèces cryptogènes*, soit 3 %.

Si la flore indigène de l'île présente une diversité végétale relativement réduite, elle offre une forte endémicité (28,0 % pour l'endémisme strict et de 46,6 % pour l'endémisme total) lui conférant une importance patrimoniale à l'échelle mondiale. Ainsi La Réunion est reconnue comme l'un des 25 points chauds (hotspots) de la diversité biologique mondiale.

 

Avec l’implantation humaine au milieu du XVIIe, la flore de l'île s’enrichit d’un volet exotique qui prendra progressivement une part de plus en plus importante avec le développement de la société réunionnaise. La large palette des usages (agricoles, forestiers, économiques, médicinaux, ornementaux ...), l'accroissement des échanges de biens et de personnes ont permis l'introduction volontaire ou involontaire de plusieurs milliers d'espèces originaires des régions tropicales à tempérées du monde entier. Un certain nombre d’entre elles sont aujourd’hui devenues un réel danger pour la flore indigène.

 

Insularité et micro-endémicité sont des facteurs de fragilité et de vulnérabilité de la flore indigène qui contribuent à accroître les risques d'extinction et la crise de la biodiversité dans les îles océaniques.
L'altération et la destruction des habitats ont été les processus les plus destructeurs de la biodiversité de l'île. Même si le processus s'est considérablement ralenti sous l'action conjuguée d'une vigilance associative et d'une politique volontariste de préservation des habitats indigènes et de gestion conservatoire de la biodiversité indigène, la végétation indigène constitue une peau de chagrin qui continue encore ici et là à se rétrécir.

 

Les perturbations anthropiques (les incendies, le pâturage sauvage et l'ensemencement fourrager dans les espaces altimontains, les plantations en sous-bois, les campements sauvages, l’ouverture de sentiers, la surfréquentation, …) sont des exemples d'actualité qui peuvent illustrer la problématique plus globale des invasions biologiques par des espèces introduites. Ces invasions sont considérées au niveau mondial par l'Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN), comme le troisième facteur de perte de biodiversité après la destruction des habitats et la surexploitation des espèces.

 

Aujourd’hui, 256 espèces sont considérées comme menacées à La Réunion (suivant les critères de l'UICN), soit 30,7 % de la flore indigène sensu stricto. 125 de ces espèces menacées sont aujourd'hui en danger critique d'extinction (au moins dans la nature).
La Réunion se situe donc au cœur des projets de développement durable.

La connaissance de la flore indigène et des milieux et de leur fragilité est un atout pour en favoriser la préservation. L’enjeu d’un développement touristique respectueux de l’environnement naturel de La Réunion passe par la participation de chacun à sauvegarder un patrimoine unique au monde.

 

Notes

*Caractérisation des espèces végétales

  • On appelle espèce indigène, une espèce qui est arrivée naturellement sur l’île.
  • Une espèce endémique est une espèce indigène qui a évolué en donnant une nouvelle espèce, croissant naturellement en un lieu déterminé.
  • Une espèce exotique  est une espèce qui a été introduite par l’homme, en provenance d’autres contrées.
  • Une espèce cryptogène est une espèce dont le statut est potentiellement indigène mais encore obscur faute de preuves avérées.
  • Une espèce envahissante est une espèce exotique dont la croissance et le développement deviennent pratiquement incontrôlables, constituant  une forte menace pour les espèces indigènes.


** Selon l’Index version 2008 édité par le Conservatoire Botanique National de Mascarin.

*** Les Spermatophytes sont des plantes produisant des graines et non des spores comme les mousses, lichens et champignons, encore très mal connus  sur l’île.

Article rédigé par le Jardin Botanique de La Réunion