Difficile de résumer le patrimoine réunionnais en une formule : comme la population, il est métis, reflet de l'histoire parfois douloureuse de l'île mais aussi des facultés d'adaptation de l'homme  sur un territoire extrêmement contrasté. "Du battant des lames au sommet des montagnes", ainsi que le proclamaient les colons prenant possession d'une terre au nom du Roi, et sur à peine 2512 km², on trouve à La Réunion villes côtières et hameaux minuscules juchés dans les cirques, domaines de planteurs esclavagistes et cases en tôle des ouvriers agricoles, bâtiments néo-classiques de l'administration, jardins remarquables et lieux cultuels des principales religions pratiquées dans le monde.

Un patrimoine culturel métissé

Le bâti réunionnais obéit à plusieurs grandes périodes liées à son histoire et son économie et de fait, constitue un patrimoine culturel métissé. Après la colonisation primitives, les plantations (de café puis de cannes à sucre) ont donné naissance à de vastes domaines où jouxtaient la demeure des maîtres, les bâtiments de l'usine à sucre, les dortoirs des esclaves... de petites villes vivant en autarcie. En témoigne par exemple le Musée de Villèle, sis dans la villa d'une des familles emblématique de La Réunion, les Panon-Desbassayns dans les hauteurs de Saint-Paul : c'est un lieu de mémoire de l'esclavagisme (on peut notamment y voir le fusil de François Mussard, tristement célèbre "chasseur de Marrons", les esclaves en fuite).

Un voyage sensoriel

Témoignage de leur prospérité, pour "prendre l'air" durant le dur été austral, les riches familles créoles se faisaient construire des résidences dans les Hauts de l'île : la Maison Folio à Hell Bourg dans le cirque de Salazie est à cet égard éloquent : la villa possède les attributs de la case créole (lambrequins, couleurs vives...) dans un traitement extrêmement raffiné, et est cernée par un jardin avec son guétali (le petit pavillon en bois ajouré on l'on bavardait et l'on pouvait aussi, lorsqu'il était situé en ville, observer les voisins ("guet a li" pouvant être traduit par : "regarde-le"), sa fontaine et ses allées dallées de vieille pierre. S'y promener est un vrai voyage sensoriel grâce aux plantes à parfum, aromatiques et médicinales : géranium, vétiver, patchouli, curcuma, citronnelle, quatre-épices… L’une des dépendances abrite aujourd'hui une petite exposition d'objets usuels d'époque et d'artisanat du terroir. Plusieurs villages ruraux de l'île méritent d'ailleurs le détour pour leur patrimoine architectural : par exemple le Domaine du Grand Hazier à Sainte-Suzanne, lieu de culture de la vanille, est un bel exemple d'architecture créole dans un domaine agricole. On s'attardera aussi avec bonheur dans les petits îlets (bourgs), afin d'admirer les petites cases en tôle, toujours exquisement entretenues : Hell Bourg, est d'ailleurs classé parmi les plus beaux villages de France.

Du moderne et de l'exotique

Dans les villes, la Révolution, puis l'effondrement de la société de plantation et l'abolition de l'esclavage, imposera à l'architecture des bâtiments officiels symboles du pouvoir une évolution parallèle aux cheminements de l'Histoire. En témoigne la Préfecture à Saint-Denis : d'abord magasin sécurisé où l'administration coloniale conservait marchandises et armement et où logeait également le gouverneur de l'île, le bâtiment se détériore durant l'Empire puis l'occupation anglaise avant d'être restauré à partir de 1822 et d'offrir son aspect actuel : élévation à trois niveaux, façade néo-classique, avant-corps surmonté d'un belvédère... Ne pas manquer aussi les belles demeures : A Saint-Denis, les villas Deramond et Carrère; A Saint-Pierre, les maisons Orré et Adam de Villiers. Saint-Pierre toujours où l'hôtel de ville, lui aussi bâti sur les fondations de l'ancien magasin colonial est un beau vestige de construction coloniale typique du XVIIIème siècle, marquée par le savoir-faire des charpentiers de marine dont on utilisa les services pour l'érection des bâtiments.
 
Retour à Saint-Denis où le XXème siècle architectural est visible à travers plusieurs bâtiments et notamment la Poste centrale (1965) et la Direction de l'agriculture et de la forêt (1970), tous deux signés de l'architecte Jean Bossu, membre de l'atelier de Le Corbusier. Ailes de différentes hauteurs articulées l'un sous l'autre (un "ciseau", selon Bossu) pour la DRAF; combinaison classique (tour d'habitation, la première construite sur l'île/immeuble bas de bureaux) mais réinterprété avec les codes de l'architecture moderne avec une touche exotique (brise-soleil, ponctuations d'angle évoquant les villes algériennes) pour la Poste Centrale : deux exemples éloquents qui ne manqueront pas d'intéresser tout amateur d'architecture. Visiter l'île sous l'angle de son patrimoine est à cet égard une idée de voyage qui sort de l'ordinaire !